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jeudi 30 avril 2015

La novlangue de l'Education Nationale



On se moque souvent du jargon incompréhensible des mathématiciens et des informaticiens, ou bien sûr des médecins. Mais il s’agit de jargons techniques.
D’accord on n’y comprend pas grand chose, mais ce n’est pas très important si on n’a pas à s’en servir, et si on travaille dans ce domaine ou qu’on s’y intéresse, on apprend peu à peu la signification de ces termes.
L’ennui c’est quand un spécialiste s’adresse à un public non averti et contiunue à être ésotérique. Je rencontre cela assez souvent car j’organise des conférences pour des ingénieurs dans des domaines qui ne sont pas leur spécialité, et il faut que je discute avec le conférencier pour être sûr que sa conférence sera digeste, intéressante et compréhensible par tous.

Mais dans des domaines où un langage spécial n’est pas nécessaire, quand je vois certaines expressions cela me fait sourire et voire m’agace, car cela devient ridicule.
Déjà les « techniciennes de surface » à la place des femmes de ménages me faisaient sourire et n’étaient guère apprécié par les personnes de ce métier.
Mais là l’Education Nationale bat vraiment tous les records. Je sais bien que la formation des bacheliers et des profs est telle aujourd’hui qu’ils n’ont probablement jamais lu les « Précieuses Ridicules ». On parle à peine de Molière dans les programmes de français du bac !
On croirait à une plaisanterie.

Je sais bien qu’un prof de gym n’est pas censé connaître le français, mais parler de 
« traverser l'eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête dans un milieu aquatique profond standardisé » au lieu d’apprendre à nager dans une piscine m’a fait noter l’expression pour la ressortir au maître nageur de Carnac, pour voir s’il comprend et s’il pense que le bord de mer où il apprend à ses élèves à nager est un « milieu profond standardisé »! Quelles sont ses dimensions standard, sa profondeur, la composition de son eau, les règles de sécurité, les normes sur les berges….?
Cela me rappelle un examinateur de géographie un peu sadique, qui au bac demandait quelle était la profondeur du Danube sous les ponts de Budapest, jusqu’à ce qu’on ait lu la réponse dans un roman policier et qu’on lui ait répondu « 4m,25 et 4m,35 sous les arches centrales ».
Il paraît qu’en foot, on court après et on tape dans un « référentiel bondissant »!!
Le badminton et le tennis ont pour but de « rechercher le gain d'un duel médié par une balle ou un volant ». 
Dans les sports de combat, il faut « vaincre un adversaire en lui imposant une domination corporelle symbolique et codifiée »
Quand à « Créer de la vitesse » à la place de courir, je me croirait aux commandes d’un Airbus !

« Produire des messages à l'oral et à l’écrit », je le fais tous les jours sur ce blog, mais je n’aurais pas l’audace de dire que ce sont des exposés et des dissertations.
L’objectif des langues vivantes n’est pas de les parler pour communiquer, mais de « se familiariser avec des mobilités virtuelles, se préparer à des mobilités physiques. » ; le titre : « Aller de soi et de l'ici vers l'autre et l’ailleurs ».
J’ai appris une mot (dont je ne connaissais pas la signification, mais je ne l’ai pas trouvée dans les dictionnaires et sur internet, j’ai trouvé un baratin peu précis) : «L'éducation aux médias est mise en œuvre, et organisée de façon spiralaire.» (en deltaplane dans les mouvements ascendants, je suppose).

Quant au syndicat qui prétend que ce vocabulaire est un vocabulaire d’expert, il représente bien mal les profs dont il donne une mauvaise image, et n’a pas le sens du ridicule.
J’ai de nombreux profs dans ma famille, et leur souci, c’est d’être compris par leurs semblables et par leurs élèves. Leur expertise c’est la pédagogie, comment intéresser les élèves à leurs cours malgré toutes les tentations actuelles du numérique, et leur apprendre le mieux possible, le français, les mathématique, la physique et la chimie, les langues les SVT et l’histoire-géo. Ils ont été effarés par l’idée que l’expertise des profs défendue par le syndicat, pouvait être une méconnaissance du français, de « Produire des messages à l'oral et à l’écrit » ampoulés et presque incompréhensibles.
Ce qui les inquiète c’est la déconnection (je rajouterais volontiers déconnante), entre ceux qui rédigent les programmes (le Conseil supérieur des programmes), et la réalité de l’enseignement de tous les jours sur le terrain.
J’ai lu toutefois le document officiel du Ministère sur la réforme des collèges : il est quand même écrit la plupart du temps en français « classique » et non en novlangue.
Mais il m’a donné l’impression que l’élève n’était plus là pour apprendre et surtout pour former son intelligence, mais pour se sentir bien, et je cite « manifester sa sensibilité » et « questionner le monde ». On prend les élèves pour des écrivains philosophes, tout cela s'opérant au nom de la « liberté pédagogique de l’enseignant »
Il y a tout un chapitre sur les objectif de formation, qui a dû être écrit par des psys, voire des psychiatres ! Ce qui est dit n’est pas faux, mais c’est un mélange de philosophie et de psychologie, le plus souvent du charabia et pas de buts pratiques précis.
Cela reste très théorique, je vous donne un exemple de démarche et outil pour l ‘élève :
« Explorer différentes modalités de représentation par des mediums et techniques variés pour jouer des écarts et des effets produits à des fins expressives. »
De plus je crois bien que employer médiums au pluriel n’est possible que pour les voyants extralucides, mais qu’ au sens de « moyens pour faire quelque chose », il faudrait dire média.
Quant aux mathématiques, le Conseil a l’air de croire qu’il suffit de savoir utiliser un tableur et un grapheur, sans avoir fait auparavant la démarche intellectuelle de comprendre le mécanisme des opérations correspondantes. Il oublie que avant tout le but est de bien poser le problème et de connaître les méthodes pour le résoudre. La machine peut faire le calcul, mais on ne peut la surveiller (notamment ses résultats) que si on connaît le processus.
Par contre on trouve dans le programme d’histoire géographie :
« ‐ Trouver, sélectionner et exploiter des informations.
‐ Exercer son esprit critique.
‐ Poser des questions, se poser des questions.
‐ Émettre des hypothèses.
‐ Vérifier en croisant plusieurs sources d’informations.
‐ Mener les différentes étapes de résolution d’une tâche complexe : résoudre un problème, en choisissant une démarche, en mobilisant des procédures, des connaissances et des ressources documentaires, proposer une solution, la justifier et en rendre compte.
Je trouve cela très bien, mais est-ce seulement en histoire géo qu’ikl faut apprendre à le faire ,

Nota : Pour ceux qui ne le sauraient pas je rappelle la signification des cycles 
- cycle 1 : la maternelle.
- cycle 2 : CP/CE I et II.
- cycle 3 :  CM1 et 2 et 6ème
- cycle 4 : collège 5ème à 3ème
- cycle 5 : lycée

dimanche 12 avril 2015

Il n'y a pas de "surdoués" mais des "enfants précoces" !


    Deux correspondantes, mamans, m’ont envoyé des mails éplorés me disant qu’un de leurs enfants était « surdoué » malheureux et n’avait pas de bons résultats en classe, et elles se demandent pourquoi.
    Il faudra sans doute que je fasse des articles sur le QI par la suite.

    D’abord, il ne faut pas parler d’enfant « surdoué » et surtout ne pas le leur dire sous cette forme. C’est totalement inexact comme terme. Ce sont des enfants « précoces au plan des apprentissages »
    Leur dire qu’il sont surdoués risque, soit de les inquiéter, soit de leur donner un sentiment de supériorité qui annihile leurs efforts (pas la peine d’en faire puisqu’on est surdoués par rapport aux autres !)
    Quand j’étais jeune, à l’entrée en sixième (qui n’était possible qu’après un examen que beaucoup de bacheliers actuels rateraient en raison de leur mauvaise orthographe), on passait systématiquement un test de QI, type Binet, et ceux qui avaient un QI égal ou supérieur à 130 étaient dits « précoces » et les professeurs devaient leur réserver un régime particulier.
    Selon Binet un enfant de dix ans qui a un QI de 130 a un âge mental de 13 ans.
   
    En effet un tel élève a, en général, une bonne mémoire, une certaine curiosité intellectuelle, et surtout il comprend vite ce qu’on lui explique et si l’explication est logique et bien faite, il a déjà retenu la leçon et n’a besoin que de faire les exercices demandés.
Ses parent lui ont aussi appris beaucoup de choses, notamment à lire, écrire et compter et il aime lire beaucoup de livres.
    Comme aujourd’hui on ne donne plus guère d’exercices, et que de plus l’enseignement est devenu relativement théorique, sans applications pratiques, l’enfant s’ennuie en classe en ne fait aucun effort pour apprendre et ne s’intéresse donc pas à l'école.

    Une deuxième difficulté provient du fait que, très souvent, les élèves précoces ont une préférence cérébrale de perception « Globale » et que donc ils n’aiment pas la démarche d’enseignement pas à pas, progressive, par déduction et analyse lente et détaillée, qui est malheureusement celle appliquée aujourd’hui, vu le niveau très hétérogène des classes et aussi parce qu’on ne fait plus d’enseignement pédagogique aux professeurs.
    L’enfant précoce ne procède pas ainsi : il comprend les problèmes globalement et ne s’occupe qu’ensuite des détails et si on l’y oblige. Son esprit va dans des directions différentes, foisonne d’idées, est en général créatif, car il fait des associations inattendues, et évidemment il pose des tas de questions et cela en général gêne les professeurs qui ne’y répondent pas et l’enfant à l’impression d’être exclu d’une classe où on ne s’intéresse pas à lui et où il ne fait rien qui l’intéresse, où il n'est pas à l’aise.
    Par contre, lorsqu’il ne s’agit pas de questions intellectuelles, l’enfant précoce ne l’est plus : son développement physique est normal et donc il n’excelle plus dans les sports et les jeux physiques, et il a alors l’impression au contraire d’être en retard.
    De plus ces enfants, du fait qu’ils s’ennuient, qu’ils n’ont pas le physique à la taille de leur intellect, et qu’ils souhaitent avoir des camarades plus âgés pour qu’ils soient à leur niveau intellectuel, sont souvent très actifs, cherchent toujours quelque chose à faire pour ne pas s’ennuyer et posent des questions pas toujours simples et parfois inattendues, compte tenu de leur façon d’explorer les idées en « feu d’artifice ».
    Et de nos jours, quelqu’un de très actif, remuant et questionnant est catalogué par les psy d'enfant  « hyperactif » et considéré comme anormal, ce qui est ridicule et ajoute au malaise du jeune enfant.
   
    Y a t’il des remèdes à cela : oui et ils sont simples, mais il faut les appliquer le plus tôt possible.    Autrefois les profs avaient reçu une formation pédagogique pour cela.
    D’une part ils savaient non seulement appliquer la démarche pas à pas pour les élèves de préférence « sensitive », mais ils savaient insérer des schémas, des résumés, des plans, pour les élèves de préférence « globale ». Par ailleurs nous avions de nombreux exercices à faire mais avec des applications à la vie courante et l’enseignement nous paraissait « utile ».
    D’autre part les professeurs repéraient les élèves précoces et ils leur donnait du travail supplémentaire, d’un niveau plus élevé, ce qui les intéressait, les occupait et leur semblait de leur niveau. D’ailleurs on faisait souvent sauter une classe voire par la suite une deuxième, afin que l’enfant ait toujours l’impression qu’il lui faudrait faire effort pour apprendre et réussir.
    Le professeur les envoyait parfois au tableau, résumer le cours ou corriger un exercice à sa place. Il leur demandait aussi d’aider ceux qui avaient du mal à suivre, de leur ré-expliquer le cours (et ce n’est pas si facile que cela car il faut l’avoir très bien assimilé), les aider dans les exercices, ou dans l’apprentissage des leçons. L’enfant se sentait ainsi valorisé et par ailleurs, ses camarades lui en étaient reconnaissant et cela favorisait la bonne entente; et à leur tour, ceux qui avaient du mal à suivre intellectuellement, aidaient parfois le jeune précoce dans les travaux physiques et pratiques où il ne l’était pas physiologiquement.

    Et surtout ne pas reprocher à cet enfant précoce sa façon d’avoir des idées et répondre à ses questions, ne pas voir peur de lui dire « je ne sais pas, mais on va aller chercher ensemble l’explication dans un livre ou sur internet ». Autrefois ce n’était pas toujours facile de trouver les informations dans des livres; aujourd’hui internet est une mine extraordinaire : il faut simplement y consacrer du temps par exemple le week-end. Mais c’est une chose merveilleuse que de développer l’intelligence et le savoir d’un enfant.
   
    Mais effectivement rares sont les professeurs qui aujourd’hui savent faire cela. On ne le leur a pas appris. Alors s’ils en sont capables, il faudrait que les parents y suppléent et suivent la scolarité de leur enfant, en n’hésitant pas à lui donner du travail supplémentaire, sous forme d’exercices d’application si possibles pratiques, à répondre à ses questions, à aller chercher des informations sur internet avec lui, et qu’ils arrivent même à l’intéresser à certains domaines et à l’inciter à les creuser, pour développer sa curiosité intellectuelle, sa mémoire, et son goût du travail.
    Il faut aussi essayer de donner à l’enfant le goût de la lecture, car cela lui évitera l’ennui, mais c’est aussi la seule façon d’apprendre à rédiger et cela sans fautes d’orthographe.
    Ce serait beaucoup plus utile que de passer son temps à aller sur internet uniquement sur les réseaux sociaux et à s’aplatir les pouces à force d’écrire des SMS avec une orthographe catastrophique